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FORUM SNPTES  |  Sujet de discussion  |  Santé, sécurité et conditions de travail  |  Fil de discussion: Droit à la déconnexion au CNRS (à la limite du burn-out !) « sujet précédent | | sujet suivant »
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Auteur Fil de discussion: Droit à la déconnexion au CNRS (à la limite du burn-out !)  (Lu 2435 fois)
Neriah79
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« le: 04 Fvrier 2018, 09:00:42 »

Bonjour,
J'aimerais soulever une problématique de plus en plus croissante au CNRS : l'usage abusif des outils informatiques et numériques.
Depuis le mois de juillet 2017, et suite à une promotion, je me sens "obligé" de rester connecté à ma messagerie (via smartphone, pc nomade), de répondre aux différents e-mails, de travailler depuis mon domicile, etc. et ce quel que soit la période : soirée, week-end, jours fériés, congés.
Je reste lucide, à aucun moment ma hiérarchie ne m'a expressément demandé. En revanche, et au vue de la pression insidieuse, du nombre de sollicitations par e-mails, de la charge de travail toujours en augmentation, des objectifs irréalistes et irréalisables dans des délais raisonnables, je me suis laissé tenter par la connexion permanente afin de ne pas perdre le fil de mon travail quotidien et surtout de répondre à tous les messages reçus. Aujourd'hui, ma messagerie affiche 313 e-mails non lus et ne je vois pas le bout du tunnel. Idem, j'ai du à 3 reprises annuler des congés validés car ma hiérarchie m'en demande toujours plus. Je suis au bord du burn-out, je n'ai plus de vie de famille, je n'arrive plus à récupérer, je suis extrêmement fatigué... Bref, je sens que je perds pied et que je ne vais pas tarder à craquer.
Encore une fois, la pression est indirecte : personne ne me demande de le faire mais par conscience professionnelle je ne m'autorise pas à revenir à un rythme normal. Car, soit dit en passant, mon amplitude horaire depuis plus de 6 mois se situe entre 7h du matin et 20h le soir, chaque jour !
Je suis constamment en réunions, mes collaborateurs ne peuvent plus me voir pour me parler de leurs difficultés, je ne suis plus disponible et cerise sur le gâteau, ma hiérarchie me laisse sous-entendre que je suis "peut-être mal organisé" et que je ne "sais pas prioriser mon travail !!!!!!!!!!!
Je sais que nous sommes dans le public et que le code du travail ne s'applique pas mais comment peut-on contraindre le CNRS à appliquer la loi du 8 août 2016 soit aussi applicable pour les agents du CNRS.
Mon cas n'est pas isolé, beaucoup de mes collègues quel que soit la circonscription du CNRS souffrent en silence de ce harcèlement moral et digital. Je pense de plus en plus à alerter le médecin de prévention mais crains des représailles (à quel point la médecine de prévention et le SRH sont liés Huh). Je suis à bout, j'ai peur de voir mon médecin traitant car il m'arrêtera sans aucun doute.
Ma question est la suivante : comment peut-on imposer le droit à la déconnexion des serveurs informatiques au CNRS, la détox digitale (j'ai bien intégré la notion de QVT au CNRS tellement à la mode...) et la reconnaissance de l'état psychique, physique des agents ?
Merci de votre attention et de l'aide que vous pourrez m'apporter avant que je ne craque (désolé de prendre les lecteurs en otage avec mes états d'âme...)
Sincères salutations,
Neriah
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kamelfons
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« Répondre #1 le: 04 Fvrier 2018, 12:40:54 »

Bonjour,

je travaille dans la gestion dans un labo CNRS et c'est vrai que de nombreuses applications sont accessibles de chez soi ce qui pousse à toujours être sur le qui-vive mais pas au point que vous décrivez.

vous travaillez en central je suppose ? délégation ou au siège ?

vous pouvez toujours demander une mutation, je ne sais pas si la campagne Noemi est terminée ?

dans tous les cas, bon courage à vous et préservez votre santé car c'est notre bien le plus précieux et personne ne le fera à votre place

bon dimanche
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Neriah79
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« Répondre #2 le: 05 Fvrier 2018, 08:59:32 »

Bonjour Kamelfons et merci pour votre réponse.
Vous avez vu juste je travaille en central. La campagne Noemi est maintenant finie et la mutation peut-être une solution. Mais je sais aussi que le monde du CNRS est petit j’ai peur aujourd’hui que ma hiérarchie apprenne que je souhaite partir de ce calvaire et m’en fasse voir apr s ça de toutes les couleurs. Pire si je choisis de partir en détachement elle peut me retenir en invocation la nécessité de service. Je me sens piégé et commence à regretter cette promotion qui m’échaine.
Merci beaucoup
Neriah
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Jacky60
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« Répondre #3 le: 05 Fvrier 2018, 09:24:16 »

Bonjour Neriah79,

Tu sembles devoir faire face à un choix cornélien alors que dans les faits, c'est ta santé et ta vie personnelle que tu dois privilégier.
Ne crains pas de faire des démarches auprès de la médecine de prévention ou des représentants des personnels qui siègent au CHSCT,
si vous êtes nombreux dans ton cas, il nous faudrait plus d'éléments pour mettre ce point à un prochain ODJ au CHSCT du ministère.
Autorise-toi à te déconnecter, c'est simple, tu n'es pas plus indispensable que nous tous, sans toi ni moi, la terre continuera de tourner.

Tu t'isoles professionnellement de ton équipe qui tôt ou tard te le reprochera,  ne serait-ce que lors des EP où tu n'auras plus guère de légitimité,
tu es clairement en position de vulnérabilité. Quelqu'un qui se donne sans compter attend tôt ou tard une reconnaissance mais c'est l'inverse qui se produira,
L’épuisement professionnel peut entrer dans la catégorie des troubles d’adaptation d'où la cerise sur le gâteau que tu cites, c'est tout l'effet pervers bien connu, ne sois pas dupe.

J'ai connu un collègue qui est tombé en burn out il y a quelques années, il n'a jamais pu reprendre son job et ne se sens plus apte à pratiquer la moindre activité à titre personnel...A méditer.

Vois si tu peux privilégier une intégration directe à un détachement.

Prends le temps de lire les ouvrages de Marie Peze ou encore Danièle Linhart pour ne citer qu'elles afin de te guider dans tes choix.

Pense d'abord à toi et à tes proches.

Bien cordialement.

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Xav_D
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« Répondre #4 le: 05 Fvrier 2018, 09:56:17 »

Bonjour Neriah,

Il est vrai qu'avec l'accessibilité permanente à notre travail, un grand nombre d'entre nous a la tentation de liquider un maximum de travail parce qu'on nous en demande beaucoup, d'autant qu'en on a obtenu une promotion ce la prend une forme de remerciement pour la promotion obtenue, même si nous le savons tous : sans les qualités nécessaires, nous n'aurions pas eu celle-ci.

Le problème est tellement répandu que la hiérarchie a intégré cet état de fait à ses demandes et "charge la mule", sans se soucier du fait qu'elle confie assez de travail pour 2 à la personne. Et quand il y a trop de travail et plus qu'il ne peut en être géré, on aura beau savoir s'organiser ou prioriser, une bonne part du travail ne pourra être fait.

Vous devriez temporiser sur le numérique dans un premier temps et demander un rendez-vous avec votre hiérarchie pour discuter de votre charge de travail et de son adaptation, voire de demander des moyens complémentaires en personnel de manière temporaire ou permanent (suivant la nature et la durée de l'augmentation de charge de travail). Suivant le résultats de cet entretien, je vous propose de revenir vers nous.
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ccedric21
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« Répondre #5 le: 05 Fvrier 2018, 14:29:25 »

Bonjour,
Je pense aussi qu'une demande de rdv est un minimum pour signaler à votre hiérarchie, la difficulté et lui faire admettre la charge de travail que représente ses demandes.
Contre l'argument de la promotion il ne faut pas oublier qu'un niveau de compétences ou de recrutement élevé n'implique pas une charge de travail, en temps, nécessairement supérieur. Nous sommes tous à 1607 h par ans. Une journée compte 24h et le temps de travail est suffisamment encadré pour limité ces dérives.

Le droit à la déconnexion est implicitement reconnu à chacun. Lors de votre entretien, peut être qu'il serait utile de le rappeler à votre hiérarchie et de lui dire que désormais vous ne consulterez plus vos messages en dehors de vos heures de travail. Entretenir cet engrenage est très mauvais pour vous (vous nous l'avez décrit) et pour les autres. Si votre hiérarchie ne s'en rend pas compte et trouve que votre fonctionnement est tout à fait normal (puisque vous ne lui dites rien), elle pensera, peut être, être toute légitime à demander la même chose à un(e) autre... Qui alors subira le même mal être que vous.

Cordialement, ;



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liz14
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« Répondre #6 le: 05 Fvrier 2018, 16:50:06 »

Bonjour,

Si je puis me permettre un conseil, vous ne devez absolument plus consulter vos mails pendant vos week-ends et vos congés. Plus vous répondez et plus vos interlocuteurs sauront que vous êtes disponible 24h sur 24h.
Vous devez vous protéger et protéger votre vie privée.
Vous pouvez également déléguer certaines de vos tâches, même quand on a l'habitude de vouloir tout faire soi-même, il faut apprendre à déléguer.
vous pouvez aussi vous faire représenter à certaines réunions. Si vous ne le faites pas, vous ne verrez plus votre équipe et ça, ce n'est pas bon.
Votre hiérarchie doit être mise au courant, le "bien être" au travail ou plus exactement la souffrance au travail, est un problème qui préoccupe les directions.
Il en va de votre santé.
Il faut réagir.
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Alain53
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« Répondre #7 le: 06 Fvrier 2018, 09:29:46 »

Bonjour,
Tout à fait en phase avec Liz14, je ne peux que vous recommander de suivre ses conseils, il n’y a pas d’alternative sinon la dégradation de votre santé.

Je vous livre un vécu professionnel que je ne prétends pas être général au fonctionnement de nos services mais qui m’a bien servi de leçon :

Une collègue chef de service très investie et performante a fini par s’épuiser au travail : rupture brutale, dépression, arrêt longue maladie…remplacée par un dandy qui en met plein la vue en réunion mais qui ne fait par le tiers du boulot, se justifie en se plaignant de l’incompétence de ces subalternes, délègue au-delà du possible, copine avec les hautes sphères. Bilan : une collègue cassée (mais qui va bien aujourd’hui) et une jolie promotion pour notre glandeur. Et le plus dur à avaler, un service qui de loin fonctionne à peu près.

Je suis moi-même passé par une époque de ma vie professionnelle où je m’abîmais la santé et ma vie familiale par la même occasion, j’ai réagi à temps (grâce à ce que vient de raconter) et adopté une hygiène de vie professionnelle :

-   Je m’interdis de lire les mails à la maison, j’ai désinstallé la messagerie pro de mon téléphone portable (perso, par chance je n’ai pas de téléphone pro) car une fois que vous avez lu un mail pourri le samedi matin, ça vous pourri le weekend jusqu’à ce que vous le traitiez.
-   Je contrains mon activité professionnelle dans des horaires assez fixes.
-   J’ai mis en place une organisation très rigide : réunion 1h max après je me lève et je lirai le compte-rendu (j’ai donné la règle du jeu au préalable), toutes mes tâches sont planifiées et je m'en tiens au temps prévu pour. Je dis non à l’improviste qui n’est pas une vraie urgence (il n’y en a pas tant en fait). J’ai beaucoup perdu en réactivité, les collègues m’ont trouvé pénible et peu réactifs mais paradoxalement, j’ai gagné en crédibilité car quand je consacre 15 min à une personne, c’est 15 min pour elle à fond et elle apprécie. Je propose un rendez-vous à celui qui se pointe en « urgence ».
-   J’ai appris à dire non (gentiment), c’est un gage de sérieux.
-   J’ai appris à faire du boulot parfois bâclé ou de qualité juste suffisante : efficience (c’est le plus dur pour le perfectionniste que j’étais, j’ai encore parfois la nostalgie du rapport nickel que je peaufinais bien au-delà de mon temps de travail)
-   Je me suis imposé des contraintes familiales qui font que je dois fuir le boulot à temps pour passer de supers moments avec mes enfants, je n’ai plus honte de dire : « désolé je dois aller chercher ma fille à la piscine », en tant qu’homme j’avais presque des scrupules, quel sexisme ! Je peux vous dire que j’en tire maintenant une très grande fierté et ça ne fait pas de moi un glandeur.
-   Je fais du mieux que je peux et je m’en contente. Je vais bien mieux, j’adore mon boulot.

Courage, faites-vous aider si nécessaire,

Alain

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Neriah79
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« Répondre #8 le: 06 Fvrier 2018, 18:16:53 »

Bonjour,

Et merci à tou(te)s pour vos messages d'encouragements et de sympathie.

Je suis presque ému de vous lire ce qui me pousse réellement à m'interroger sur mon état de santé : je n'en peux plus mais en même temps j'ai tellement peur.
Et si je vous disais que je suis dans un service RH moi-même, que le H est pour moi totalement déshumanisé et que je n'adhère plus du tout aux pseudo-valeurs-principes de ma hiérarchie ?

@Jacky60 : nous sommes effectivement nombreux dans mon cas, personne n'ose parler en public et tout se dit en aparté (c'est une mauvaise solution mais chacun se soulage comme il peut), certain(e)s de mes collègues ont déjà été diagnostiqués par leur médecin traitant en épuisement pro (burn-out) mais étrangement la hiérarchie n'en a cure. De quels éléments auriez-vous besoin pour afficher cela à l'ordre du jour du CHSCT ? L'anonymat peut-il être garanti ? La situation est très grave et je fais moi-même parti des gens qui n'oseront pas être reconnus (peur des représailles ! Au CNRS tout se sait et beaucoup souhaite poursuivre leur carrière sans traîner pendant des années une stupide étiquette)

@Xav_D : j'ai déjà à plusieurs reprises alerté ma hiérarchie. Encore une fois, s'entendre dire "ça va aller", "t'es peut-être mal organisé", "si tu sens que tu craques, viens nous voir", "t'es pas assez présent pour tes collaborateurs", ............... que puis-je dire de plus. On me fait culpabiliser dans mes méthodes et on tente de me déstabiliser en tentant des rapprochement avec mes collaborateurs pour prendre la température et s'avoir si avec moi ça se passe bien. Je signale également que je travaille sans fiche de poste mais ça ça n'est pas une priorité

@ccedric21 : comme vous le soulignez, d'autres subissent également cette "pression" du tout contrôle. C'est normal pour ma hiérarchie et au vue ma fonction d'être joignable malgré tout jamais cela n'a été dit expressément, que des sous-entendus pervers

@liz14 : Je délègue au maximum mais je ne peux pas charger mes collaborateurs plus qu'ils ne peuvent assumer. Ils m'aident beaucoup mais sont dans un mal-être horrible. Je ne sais plus quoi dire ou faire pour remonter le moral des troupes. c'est aussi pour eux que je ne m'autorise pas à déconnecter. Je sais pertinemment que je suis dans le faux mais je me sens complètement coincé par le système car au risque de casser un mythe les directions (de certains SRH) se moquent du bien-être et de la souffrance au travail, qu'ils entretiennent sciemment mais qui ne se gênent pas pour faire la morale et donner des leçons de management aux labos !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

@Alain53 : merci beaucoup pour ce témoignage de votre vécu. Je suis loin d'être dans cette dynamique. Ma peur et mes angoisses prennent le dessus sur ma personnalité pourtant très affirmé. A l'époque j'avais du répondant, depuis cette promotion je ne suis que le pantin de ma hiérarchie

J'ai besoin de solutions pour me sortir dans un 1er temps la tête de l'eau. Ensuite il me faudra suffisamment de forces et de courage pour entamer une procédure de harcèlement. Gros travail à faire sur moi-même.

Merci encore pour tous vos conseils

Neriah
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FA-ENESR Alain Favennec
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« Répondre #9 le: 07 Fvrier 2018, 04:59:48 »

Bonjour Neriah,

Je vous recommande de ne pas affronter cette situation de manière isolée en prenant pourquoi pas contact avec nos délégués locaux du SNPTES :
http://www.snptes.fr/-Les-sections-academiques-.html

Sur votre question initiale relative à la déclinaison du droit à connexion dans les services publics, il convient de souligner que, pour l'instant, l'un des principaux écueil est la difficile conjugaison de ce droit avec le principe général de continuité des services publics.
Autrement dit, malgré ce que laisse parfois croire une rumeur urbaine, les agents publics sont proportionnellement les travailleurs qui, dans notre pays, assurent le plus des horaires décalés, du travail de nuit, des présences de fin de semaine (les samedis mais aussi, très largement, les dimanches) et des missions les jours fériés légaux ou pendant les périodes de vacances "classiques" (fêtes de fin d'année et mois d'aout).
Il reste donc à déterminer ce que ce droit à la déconnexion pourrait être en sachant que même en l'absence de réglementation ad hoc, il est toujours possible pour un établissement ou un service de préconiser certaines conduites en la matière.

Bonne journée
« Dernière édition: 07 Fvrier 2018, 06:05:31 par Service juridique Alain Favennec » Journalisée

Alain Favennec
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Je suis satisfait ? Je rejoins le SNPTES
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« Répondre #10 le: 22 Fvrier 2018, 11:20:10 »

Bonjour,

Je vais ouvrir ici, un bureau des addicts anonymes (ou presque) du boulot au CNRS.
Je vous vais parler de moi.

Fin novembre, convoqué au service de la médecine du travail de la DR7 et fatigué par la mauvaise considération portée sur mon travail par 3/4 collègues insatisfaits de mes réponses négatives à leurs sollicitations et démotivé par un risque réel de perte de rémunération, j'ai avoué au médecin que cela faisait 3 ans que je prenais mes vacances essentiellement pour travailler de chez moi sur les projets d'infrastructures communes afin de ne plus être interrompu par ces urgences individuelles auxquelles l'usager pourrait répondre ou bien trouver une voie de contournement seul mais qui, en définitives, sont tellement plus vite réglées en venant me demander un conseil ou une aide qui ne me prendra que "5mn".

Depuis que je travaille, j'ai toujours débordé largement de mes heures de travail, qui sont de toutes façons insuffisantes pour seulement assurer la veille technologique, le service minimum de socialisation en&hors laboratoire et mes taches administratives, sachant que je suis un technique.

Depuis 2 ans, cela me devient difficile de faire tenir ma journée sur moins de 12h, y compris un w-e sur deux.

Devant le médecin du CNRS, j'ai donc avoué mon rythme.  

C'était jusqu'à ce jour de novembre, une norme : 38h30, représentant rarement plus de 3 jours dans ma semaine de boulot.
 
J'ai avoué que ce quota d'heures est tout simplement idiot, ridicule et clairement, inadapté pour réaliser mon job.

La résultante : une inaptitude bien sentie avec une explication simple que j'ai pu entendre : << et ils feraient comment les collègues et amis du labos si vous crevez d'une crise cardiaque ?>> Car pour ce médecin, avec une prise de poids de 60kg en 5 ans dont 30kg sur les deux dernières années, j'ai maintenant un vrai problème de santé à gérer.  

Après 7 semaines d'arrêt pour maladie professionnelle dite de 'surmenage', je suis enfin revenu à mon bureau.

Addict, je vous avoue que pendant ces congés, je n'ai pas pu me passer de 15/20h de boulot hebdomadaire, manquant à ma promesse de ne pas _du tout_ toucher aux systèmes que j'ai pour mission de gérer. J'ai voulu décrocher. La première semaine de congés maladie, j'ai même planté l'organisation d'une ANF et un collectif de gars qui comptaient sur moi comme je comptais sur eux. Ce fut une véritable souffrance.
A ma seconde semaine d'arrêt, un élément critique était tombé et la directrice menacée de fermer le labo en attendant qu'une réparation soit effectuée.
Alors, je suis allé réparer, le dépannage m'a pris 30mn. J'y suis allé car rédaction d'un rapport, la mobilisation d'un équipage de 3 personnes et un peu de dialogue en sous-main pour essayer de leur expliquer la manip à faire en 30mn, m'en ont coûté plus 20h de travail en amont et en aval.
Du coup, après, j'ai préféré garder un œil éveillé et j'ai failli à ma promesse médicale de décrocher, je suis resté en veille active et mes collègues ne se sont plus aperçus de mon absence car je me suis remis à superviser leurs outils.

J'avais une motivation : ma directrice m'a promis un recrutement d'abord sur CDD puis une ouverture de concours à la fin d'année d'un IE ou IR pour m'assister. Enfin, le gars devait être là au début du mois et je ne l'ai encore pas vu jusqu'à ce 22 février : l'administration a des ratées...

J'avoue, j'ai des envies de tous les envoyer au large ces gars qui m’emmerdent mais je sais que sans ce petit coup de patte que je donne de temps en temps, dans 3 semaines j'ai 200 chercheurs, étudiants et ITA au chômage technique et pour la plupart, j'aime ces types.

J'ai pas de leçon à donner, je suis addict pas mytho. Je sais que je ne suis pas un génie, je ne suis pas super bien organisé, je pense que je suis cortiqué dans la moyenne. J'essaye de faire de mon mieux, les types qui bossent avec moi aussi. Je suis content de voir quand enfin un truc nouveau apparaît dans les colonnes du monde qui promet à notre société une petite avancée, surtout quand que je sais que j'y ai modestement contribué en faisant en sorte que mon chercheur aie pu réfléchir et avancer.

Je crois que j'ai tout de même un devoir de témoignage.

J'oublie le plus important ; mon job est d'assurer le bon fonctionnement de ces outils informatiques et numériques : ou comment se tirer une balle dans le pied...

Cordialement,
« Dernière édition: 22 Fvrier 2018, 14:05:24 par sylma » Journalisée
ThomasJj
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« Répondre #11 le: 22 Fvrier 2018, 17:00:01 »

Très beau témoignage, dur et beau à la fois, qui ne mâche pas ses mots !
Bon courage pour la suite ! n'hésite pas à contacter le syndicat
Journalisée
Alain53
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« Répondre #12 le: 22 Fvrier 2018, 17:37:25 »

très beau effectivement, que ce témoignage ne nous fasse pas perdre de vue que les cimetières sont remplis de gens indispensables.
Journalisée
veroniquerennes
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« Répondre #13 le: 27 Fvrier 2018, 14:15:09 »

bonjour,
merci pour tous ces témoignages, jamais faciles à exprimer.
Merci Alain 53 pour tous tes très bons conseils, je n'aurais pas écrit mieux.
Un dernier point de vue pas encore exprimé : avec le temps, je me suis rendue compte avec horreur qu'en travaillant comme une acharnée (j'étais rendue pour ma part à 80h par semaine, week-end inclus), je n'avais pas fait de mal qu'à moi-même mais aussi autour de moi. Parce qu'au final quand on répond à ses mails à 21h, il y a aussi une personne à l'autre bout de la chaîne qui se sent obligée de suivre le rythme ! Parce que quand on accepte trop de dossiers à gérer, on prend aussi un engagement pour son équipe qui devra y contribuer le plus souvent.
Non seulement pour le présent mais aussi pour l'avenir. Une fois que vous serez parti, si vous choisissez cette option, la personne qui vous succédera se sentira obligée de tenir le même rythme autrement il lui sera fait le reproche de faire moins bien que son prédécesseur.
Nous contribuons tous au problème, en toute bonne fois. Alors, en vous mettant des garde-fou pour retrouver une situation professionnelle normale, vous n'aiderez pas que vous.
Bon courage. Cela peut prendre du temps pour retrouver une situation normale, mais vous n'êtes pas non plus obligé de tout défaire d'un coup. Trouvez votre propre rythme.
Journalisée
Neriah79
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« Répondre #14 le: 13 Mars 2018, 04:11:49 »

Bonjour,
Insomnie depuis 3h du matin, j’allume la tv : documentaire sur France 5 - La mécanique du burn-out
Tous les témoignages des personnes interrogées sont transposables au CNRS. Quel drame !
Journalisée
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